Le 30 juillet de cette année marque le Jour du dépassement de la Terre. À partir de cette date, l'humanité a consommé l'ensemble des ressources que les écosystèmes peuvent régénérer en une année. Nous vivons alors en quelque sorte à crédit, en puisant dans le capital naturel de la planète plutôt que dans les ressources qu'elle est capable de renouveler.
Toutefois, il existe aussi un Jour du dépassement propre à chaque pays. Calculé selon le mode de vie et les habitudes de consommation de sa population, il répond à une question simple : si toute l'humanité vivait comme les habitantes et habitants de ce pays, à quelle date les ressources annuelles de la planète seraient-elles épuisées? Au Canada, cette date tombe le 8 mars 2026. Autrement dit, si tout le monde consommait autant que les Canadiennes et les Canadiens, il faudrait l'équivalent de 5,5 planètes pour répondre durablement à nos besoins.
Repousser cette date dépend de plusieurs facteurs et la science peut y contribuer par de nombreuses façons. Grâce aux données probantes, elle peut nourrir les débats collectifs en vue de faire évoluer les politiques publiques. Elle peut nous aider à mieux comprendre les comportements humains pour favoriser des changements durables, et repenser la manière de concevoir les innovations technologiques.
À l'ÉTS, cette contribution prend de multiples formes. Les équipes de recherche explorent des solutions pour mieux gérer les ressources, réduire la production de déchets, limiter les émissions de gaz à effet de serre, favoriser la production locale et améliorer l’efficacité énergétique. Autant de leviers qui contribuent à diminuer notre empreinte écologique. Bien que leurs domaines d'expertise soient variés, ces recherches poursuivent un objectif commun : faire plus avec moins et contribuer, chacune à leur façon, à repousser le Jour du dépassement.
Changer les politiques publiques
Repousser le Jour du dépassement ne repose pas uniquement sur les innovations technologiques. Les décisions prises par les gouvernements, les municipalités et les organisations influencent elles aussi notre capacité à utiliser les ressources de manière plus durable. Pour être efficaces, ces décisions doivent s'appuyer sur les meilleures connaissances disponibles. En collaborant avec les décideurs et en mettant leur expertise au service de l'action publique, les chercheurs et chercheuses contribuent à l'élaboration de politiques plus éclairées et mieux adaptées aux défis environnementaux, climatiques et sociaux.
Annie Levasseur contribue à orienter la transition climatique au Québec. Membre du Comité consultatif sur les changements climatiques, elle conseille le gouvernement sur les moyens d’accélérer la décarbonation et l’adaptation aux changements climatiques. Elle participe également à l’évolution de la formation en génie afin de mieux préparer les ingénieurs et ingénieures aux défis de la transition socioécologique, en intégrant les dimensions environnementales, sociales et économiques dès la conception des projets.
À titre de conseillère scientifique en chef de la municipalité de Sainte-Marthe, Janie Masse-Dufresne fait le lien entre la recherche et les décideurs municipaux. Elle facilite l’accès aux connaissances scientifiques afin d’éclairer les décisions liées aux enjeux de la collectivité, notamment la gestion des infrastructures, l’eau potable et l’adaptation aux changements climatiques. Son rôle consiste à transformer les avancées de la recherche en outils concrets pour soutenir l’action municipale.
Mieux gérer les ressources
Préserver les ressources naturelles commence par une meilleure connaissance de celles-ci. Qu'il s'agisse de l'eau, des forêts ou des impacts environnementaux de nos activités, des outils d'aide à la décision permettent d'utiliser ces ressources de façon plus durable.
Richard Arsenault développe des outils d'aide à la décision qui permettent de mieux gérer les ressources en eau. Grâce à la modélisation, à l'intelligence artificielle et aux prévisions climatiques, ses travaux aident les gestionnaires à répartir cette ressource essentielle de façon plus efficace, qu'il s'agisse de répondre aux besoins des populations, de soutenir les activités économiques ou de préserver les écosystèmes.
Andrew Henderson développe des modèles qui permettent de mesurer les impacts environnementaux d'un produit, d'un procédé industriel ou d'une politique publique avant leur mise en œuvre. En s'appuyant sur l'analyse du cycle de vie, ses recherches évaluent le devenir des contaminants dans l'air, l'eau et les sols. Ces outils aident les décideurs à comparer différents scénarios et à privilégier les solutions qui réduisent le plus efficacement l'empreinte environnementale.
De son côté, Mustapha Ouhimmou met son expertise en optimisation au service de la gestion durable des ressources forestières. En collaboration avec des partenaires de l'industrie et des communautés autochtones, il développe des outils d'aide à la décision qui permettent de mieux planifier la récolte, le transport et la transformation du bois. L'objectif est d'utiliser cette ressource renouvelable de manière plus efficace, en conciliant les impératifs économiques, environnementaux et sociaux.
Réduire les déchets
Chaque année, des millions de tonnes de matériaux encore utiles sont enfouies ou perdues. Pourtant, dans une logique d'économie circulaire, ces déchets peuvent devenir de nouvelles matières premières.
Elmira Moosavi cherche à récupérer les métaux précieux, rares et critiques contenus dans les résidus de l'industrie minière, métallurgique et dans les produits électroniques en fin de vie. En combinant caractérisation des matériaux, modélisation et procédés de recyclage, ses recherches visent à transformer ces déchets en nouvelles ressources tout en réduisant le recours à l'extraction minière. Son équipe évalue également l'empreinte environnementale des procédés afin de privilégier des solutions de recyclage qui consomment moins d'énergie et génèrent moins d'émissions de gaz à effet de serre.
Martine Dubé repense le cycle de vie des matériaux composites utilisés notamment dans les secteurs de l'aéronautique et de l'énergie éolienne. Ses recherches visent à remplacer les composites difficiles à recycler par des composites thermoplastiques, qui peuvent être réparés, recyclés et réutilisés plus facilement. Son équipe développe également des procédés pour valoriser les rebuts de fabrication ainsi que les structures en fin de vie, comme les pales d'éoliennes ou les pièces d'avion, afin de leur donner une seconde vie plutôt que de les enfouir.
Amin Chaabane met l'optimisation au service de l'économie circulaire dans le secteur de la construction. Ses recherches visent à mieux valoriser les débris de bois issus des chantiers de construction, de rénovation et de démolition en repensant leur collecte, leur tri et leur transport. En développant des modèles de logistique inverse et des outils d'aide à la décision, son équipe cherche à récupérer davantage de bois de qualité pour le réemploi et le recyclage, tout en réduisant les déchets envoyés à l'enfouissement et les émissions de gaz à effet de serre associées à leur gestion.
Rim Larbi s'intéresse à la valorisation des résidus industriels et à l'économie circulaire. Son objectif est de transformer des matières considérées comme des déchets en nouvelles ressources pouvant être réutilisées dans d'autres procédés industriels, réduisant ainsi la quantité de matières envoyées à l'enfouissement.
Produire localement
Produire davantage d'aliments localement permet de réduire les besoins en transport, d'accroître la résilience des communautés et, dans certains cas, de diminuer l'empreinte environnementale de notre alimentation.
Didier Haillot et Danielle Monfet développent des outils pour rendre les serres québécoises plus performantes sur les plans énergétique et environnemental. Grâce à des modèles numériques, ils évaluent l'efficacité de différentes technologies, comme le stockage thermique, l'énergie solaire ou encore la récupération de la chaleur rejetée par les centres de données, afin d'aider les producteurs à choisir les solutions les mieux adaptées à leurs installations. En réduisant les besoins énergétiques des serres tout en favorisant une production locale de fruits et légumes, leurs recherches contribuent à accroître l'autonomie alimentaire du Québec et à diminuer l'empreinte environnementale de notre alimentation.
Réduire la consommation d'énergie
L'énergie la plus durable demeure celle que l'on n'a pas besoin de produire. C'est pourquoi améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments et des systèmes constitue un levier majeur pour diminuer notre empreinte écologique.
Daniel Rousse développe des technologies qui améliorent l'efficacité énergétique des bâtiments et des procédés industriels. Récupération de chaleur, intégration des énergies renouvelables et optimisation des systèmes thermiques font partie des solutions étudiées par son équipe afin d'offrir les mêmes services en consommant moins d'énergie.
Conclusion
Aucune de ces innovations ne repoussera à elle seule le Jour du dépassement. Ensemble, toutefois, elles illustrent comment la recherche peut agir sur plusieurs fronts à la fois : mieux gérer les ressources, réduire les déchets, limiter les émissions de gaz à effet de serre, produire plus près des consommateurs et améliorer l'efficacité énergétique. Appuyées par des politiques publiques et une mobilisation collective, ces solutions contribuent à réduire notre empreinte écologique et à construire un avenir plus durable.