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Les coulisses de la logistique : optimiser les flux, du manufacturier au recyclage

Réseau dynamique d'icons représentant la logistique, le transport et la gestion des stocks dans un entrepôt moderne.

Qu’il s’agisse de fabriquer des produits, de les acheminer jusqu’aux consommateurs ou de récupérer des matériaux en fin de vie, la circulation des biens s’appuie sur des réseaux logistiques complexes mêlant transport, entreposage et prise de décision. La recherche menée par Amin Chaabane, professeur à l’ÉTS, vise à mieux comprendre ces systèmes afin d’en améliorer les performances, tout en tenant compte des contraintes économiques, environnementales et opérationnelles qui les façonnent.

Depuis plus d’une décennie, ses travaux s’attaquent à un enjeu central de l’économie contemporaine : concevoir des chaînes logistiques à la fois plus efficaces, plus résilientes et plus durables. Au-delà du secteur de l’industrialisation de la construction, ils s’intéressent notamment aux chaînes d’approvisionnement manufacturières, à la distribution des marchandises, à la logistique du dernier kilomètre, ainsi qu’aux systèmes de logistique inverse et de collecte des déchets.

Optimiser les chaînes logistiques, de l’usine au dernier kilomètre

Dans l’industrie manufacturière et la distribution, la chaîne logistique regroupe l’ensemble des étapes qui permettent de transformer des matières premières en produits livrés aux consommateurs. Production, entreposage, transport et distribution doivent être étroitement coordonnés afin d’assurer la fluidité des flux et la disponibilité des produits.

Depuis le début de sa carrière, Amin Chaabane développe des modèles mathématiques et des outils pour soutenir la prise de décision et optimiser ces réseaux logistiques en tenant compte de nombreux paramètres : coûts de transport, incertitudes de la demande, disponibilité des ressources ou encore émissions de carbone. Ses travaux visent notamment à concevoir des chaînes d’approvisionnement plus durables, capables de réduire l’empreinte environnementale des activités industrielles tout en demeurant économiquement viables.

Mais même lorsque la production est bien planifiée, la distribution des marchandises demeure un défi majeur. Les produits doivent circuler à travers des réseaux de transport complexes avant d’atteindre les consommateurs, et cette complexité s’accentue lors de la dernière étape de la livraison, souvent appelée logistique du dernier kilomètre. Acheminer un produit depuis un centre de distribution jusqu’au client final peut sembler simple, mais dans les environnements urbains, la tâche s’avère particulièrement difficile à optimiser. La congestion routière, la densité de population, les fenêtres de livraison limitées et la multiplication des commandes en ligne compliquent la planification des tournées.

Les travaux du professeur Chaabane portent précisément sur ces enjeux de transport et de distribution. Grâce à des algorithmes d’optimisation, ses modèles améliorent la planification des itinéraires et l’organisation des livraisons. En réduisant les distances parcourues et en optimisant les tournées, ces approches contribuent à diminuer les coûts logistiques tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre liées au transport.

Quand les flux circulent dans l’autre sens

La logistique ne se limite pas à acheminer des produits jusqu'aux consommateurs. De plus en plus, les chaînes d’approvisionnement doivent gérer les flux de retour.

Cette logistique inverse concerne la récupération, le tri et la valorisation de produits arrivés en fin de vie. On la retrouve notamment dans la collecte de véhicules hors d’usage, d’appareils électroniques ou de métaux destinés au recyclage.

Organiser ces réseaux de récupération constitue un défi important. Les produits à récupérer sont souvent dispersés sur un territoire et les volumes disponibles peuvent varier considérablement. Le coût de collecte devient alors un enjeu majeur.

Pour répondre à ces défis, l’équipe d’Amin Chaabane a développé de nouveaux modèles d’optimisation du transport capables de tenir compte des contraintes réelles de ces systèmes : réglementation environnementale, distances à parcourir, volumes variables ou incertitudes dans l’approvisionnement.

Recycler plus efficacement les déchets de construction

La logistique inverse joue aussi un rôle important dans la gestion des déchets issus des secteurs de la construction, de la rénovation et de la démolition.

Amin Chaabane a collaboré avec l’organisme 3R MCDQ afin d’améliorer l’organisation des réseaux de récupération de ces matériaux. Ces déchets représentent des volumes considérables et constituent un enjeu majeur pour l’économie circulaire.

Contrairement aux chaînes logistiques traditionnelles, ces systèmes se caractérisent par une forte incertitude. En effet, il est difficile de prévoir où se trouveront les fournisseurs de matériaux récupérables et quelle sera la qualité des matières collectées.

Un conteneur débordant de panneau en bois, symbolisant les travaux de construction et le recyclage des matériaux.

Les modèles développés par l’équipe de recherche intègrent justement ces incertitudes afin d’optimiser l’emplacement des centres de tri, les flux de transport et la structure globale du réseau de récupération. 

L’apport des technologies numériques

Plus récemment, la recherche d’Amin Chaabane s’intéresse aussi à la transformation numérique des chaînes logistiques.

Dans le cadre d’un projet mené avec l’entreprise Siemens, son équipe a, par exemple, utilisé l’apprentissage automatique pour détecter des anomalies de fonctionnement des turbines à gaz. Cette approche permet d’anticiper certaines défaillances mécaniques et d’améliorer la maintenance prédictive des équipements industriels.

D’autres projets portent sur le développement d’entrepôts intelligents. En combinant les technologies RFID, la simulation et les jumeaux numériques, les chercheurs peuvent modéliser le fonctionnement d’un entrepôt afin d’en optimiser l’organisation et la coordination entre les travailleurs humains et les robots.

Ces plateformes expérimentales permettent de tester de nouvelles approches logistiques avant leur déploiement réel, ce qui réduit les risques et accélère l’innovation.

Une logistique au cœur des transformations industrielles

Au cœur de tous ces projets se trouve une idée commune : la logistique constitue aujourd’hui un levier stratégique pour transformer les systèmes industriels.

En combinant modélisation mathématique, analyse de données et technologies numériques, les travaux d’Amin Chaabane contribuent à repenser la manière dont les ressources circulent dans l’économie. Qu’il s’agisse d’optimiser la distribution des marchandises, d’améliorer les réseaux de recyclage ou de concevoir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, ces recherches contribuent à bâtir une logistique capable de soutenir les transformations économiques et environnementales des prochaines décennies.