Les résidus agricoles ne représentent plus seulement un enjeu environnemental : ils deviennent un enjeu stratégique. Les usines municipales de traitement des eaux, déjà à pleine capacité, devront réduire leurs rejets de matières organiques d’ici 2030 pour se conformer au Règlement sur les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées. Cette pression réglementaire se répercutera inévitablement sur les entreprises qui déversent leurs eaux dans les réseaux municipaux : hausse des frais, conditions plus strictes, risques de pénalités ou de limitations opérationnelles. Une technologie brevetée par l’ÉTS offre l’occasion de transformer cette contrainte en un levier d’efficacité, de conformité et de compétitivité.
Cette invention est actuellement testée par deux entreprises québécoises pourrait résoudre ce défi. Son inventeur, Mathieu Lapointe, est professeur au Département de génie de la construction. Il a mis au point un système de filtration par sable qui permet d’éliminer, grâce à un ingénieux procédé chimique, une vaste gamme de contaminants, tout en réduisant les coûts et la complexité des opérations.
Le procédé présente des taux de retrait allant de 60 à 70 % sur les contaminants les plus problématiques, avec une efficacité supérieure aux méthodes actuelles.
Cette innovation offre un avantage compétitif dans un contexte où les normes environnementales se renforcent et où les entreprises sont de plus en plus sensibles aux conséquences de leurs actions sur l’environnement.
Soleno et Hoola One testent la technologie
La technologie a retenu l’attention de Soleno, une entreprise québécoise spécialisée dans la production de canalisations d’assainissement pour les terres agricoles, et de Hoola One, une entreprise de Québec qui se consacre à la conception et à la fabrication de technologies novatrices pour le nettoyage des sols pollués par les plastiques et les microplastiques.
Avec Soleno, le professeur cherche à intégrer le système de filtration directement dans les infrastructures de drainage agricole, alors que le projet qu’il mène avec Hoola One permettrait aux entreprises du secteur agroalimentaire d’avoir leur propre unité de traitement des eaux et boues usées, et ce, pour un coût très compétitif. Ce projet prometteur a d’ailleurs bénéficié d’une généreuse subvention du MAPAQ.
Des filtres directement incorporés dans les infrastructures des terres agricoles
Les filtres intégrés aux infrastructures de drainage des champs agricoles sont actuellement testés en Montérégie, où une première unité de traitement a été installée. Deux autres unités seront déployées ce printemps dans des champs agricoles. Les projets pilotes permettront de valider la performance du système en conditions réelles et d’envisager son déploiement à plus grande échelle.
Une solution économique et écologique
Mathieu Lapointe croit fermement que le traitement décentralisé de l’eau est une solution pratique pour les entreprises agroalimentaires. Il s’efforce actuellement, en collaboration avec Hoola One, de développer une unité de traitement des eaux décentralisée qui pourrait être installée dans les usines agroalimentaires. Elles pourraient donc traiter elles-mêmes leurs eaux et boues usées avant de les relâcher dans les infrastructures municipales. Les factures récurrentes pour le traitement des eaux sont donc chose du passé.
Il s’agirait aussi d’une excellente alternative pour les municipalités qui ne peuvent plus agrandir leurs usines de traitement des eaux ou qui n’en possèdent pas.
L’environnement s’en porterait mieux également, car la présence des contaminants diminuerait dans les écosystèmes.
Des solutions adaptées à la réalité des entreprises
En menant des recherches sur la pollution agricole directement dans les champs, les universitaires peuvent développer des solutions pratiques, adaptées aux contraintes économiques et règlementaires des entreprises, et contribuer ainsi à résoudre des problèmes environnementaux urgents.