Que cherchez-vous?
51 Résultats pour : « Portes ouvertes »

L'ÉTS vous donne rendez-vous à sa journée portes ouvertes qui aura lieu sur son campus à l'automne et à l'hiver : Samedi 18 novembre 2023 Samedi 17 février 2024 Le dépôt de votre demande d'admission à un programme de baccalauréat ou au cheminement universitaire en technologie sera gratuit si vous étudiez ou détenez un diplôme collégial d'un établissement québécois.

Événements à venir
14 févr. 2026 à 09:30
Génie des technologies de l’information Recherche et innovation Les systèmes logiciels, le multimédia et la cybersécurité

Rendre le numérique tangible par l’haptique programmable

Un dispositif innovant porté au poignet, intégrant un moteur et des LED pour des applications technologiques.

Et si, en effleurant l’écran de votre téléphone, vous pouviez sentir la texture d’un tissu ou la rugosité d’une pierre? C’est l’une des promesses des recherches de Vincent Lévesque, professeur à l’École de technologie supérieure (ÉTS), qui consacre ses travaux à l’haptique programmable –  l’ensemble des technologies qui stimulent notre sens du toucher.

Quand le virtuel devient palpable

Dans notre quotidien, l’haptique est déjà partout : la vibration d’un téléphone, la résistance des gâchettes d’une manette de jeu, le volant qui tremble pour signaler un écart de voie. Mais pour Vincent Lévesque, ces usages restent limités. Sa recherche vise à explorer tout le potentiel du toucher numérique pour enrichir nos interactions avec les technologies, que ce soit pour le grand public, les personnes malvoyantes ou les professionnels de la réalité virtuelle.

L’équipe de recherche de Vincent Lévesque imagine des interfaces où le physique se mêle au virtuel. Par exemple, sur un écran tactile, on pourrait sentir un léger déclic quand on appuie sur un bouton, ou percevoir la texture d’une surface sans avoir à la regarder. Dans une voiture, un retour haptique pourrait guider les doigts sur un tableau de bord sans qu’on ait à quitter la route des yeux. « L’idée, explique le chercheur, c’est de ramener le monde physique dans nos applications numériques. »

Créer des illusions tactiles

Pour y parvenir, Vincent Lévesque et ces étudiants et étudiantes développent des prototypes capables de simuler le toucher grâce à différents procédés : vibrations, variations de friction ou même ultrasons. Parmi les technologies explorées, l’électrovibration occupe une place centrale. Elle consiste à générer des sensations de textures à la surface d’un écran en modifiant la friction entre le doigt et la vitre. Résultat : on pourrait distinguer au toucher un bouton, une glissière ou même un chemin texturé sur une tablette.

Les chercheurs vont encore plus loin en combinant plusieurs appareils pour créer des illusions haptiques complexes. Dans un jeu en réalité virtuelle, par exemple, le joueur qui soulève un marteau de Thor, frappé par un éclair, ressent d’abord une vibration dans la manette, puis une seconde dans sa montre connectée, et enfin une dernière dans son sac à dos. L’effet? L’impression que la décharge traverse réellement son corps. Les essais menés auprès des joueurs et joueuses montrent que ces sensations amplifient l’immersion et augmentent le plaisir de jeu.

L’haptique, un allié de l’accessibilité

Les applications de cette recherche dépassent le divertissement. Dans un projet pensé pour les personnes non voyantes, des textures programmées sur un écran ou une table guident les doigts jusqu’à des objets ou transmettent de l’information sans recourir à la vue. Dans un autre, une plaque à ultrasons crée des zones de pression sur la peau : en passant la main au-dessus, on peut « sentir » des signaux tactiles, sans porter de gants ou d’appareils. L’équipe explore aussi la navigation intuitive à pied ou à vélo : une montre et un téléphone vibrent successivement pour indiquer de tourner à gauche ou à droite, évitant ainsi de regarder un écran.

Un étudiant utilise un oscilloscope et un clavier, illustrant des activités en technologie et mesures électroniques en laboratoire.
Électrovibration à partir d’une plaque de verre connectée et d’un clavier d’ordinateur modifié.

Vers l’haptique omniprésente

Pour Vincent Lévesque, nous entrons dans l’ère de l’haptique ubiquitaire : une époque où les objets qui nous entourent – montres, téléphones, claviers, surfaces de travail – intégreront naturellement des retours tactiles. L’haptique pourrait se fondre dans notre environnement : omniprésente, mais discrète, comme l’informatique moderne. Cette vision soulève cependant des défis. « Simuler le toucher, c’est mobiliser tout le corps », explique le chercheur. Contrairement à l’image ou au son, qui se captent par un seul organe, le toucher sollicite la peau, les muscles, les articulations. De plus, les appareils existants ne communiquent pas encore bien entre eux; il faut inventer des outils logiciels capables de coordonner montres, téléphones, tablettes et autres objets connectés.

Une révolution encore discrète

Les recherches de Vincent Lévesque visent aussi à démontrer la valeur ajoutée de l’haptique et à convaincre les entreprises d’investir. Les résultats pourraient transformer de nombreux secteurs : jeux vidéo, réalité augmentée et virtuelle, automobile, santé, objets connectés. « L’haptique rend nos interactions avec la technologie plus tangibles », résume-t-il. « Elle nous redonne littéralement le toucher que le numérique nous a fait perdre. »

Les travaux de Vincent Lévesque esquissent un avenir où le numérique ne se contentera plus d’être vu ou entendu : il pourra aussi être ressenti du bout des doigts.