À l'occasion de la Journée internationale des femmes en génie, le 23 juin, partez à la rencontre de six membres de la communauté ÉTS qui bousculent les idées reçues sur la profession.
On se fait souvent une idée étroite du génie, nourrie de préjugés tenaces qui résistent pourtant mal à l'épreuve des faits.
À l'ÉTS, le génie permet de construire des écoles, détecter des maladies avant leurs premiers signes, lancer des fusées, s'inspirer, faire naître des entreprises, éclairer des décisions gouvernementales.
Chacune de ces six femmes exerce le génie sur un terrain différent. Ensemble, leurs trajectoires révèlent une profession bien plus vaste que ne le laisse croire sa réputation
Idée reçue 1 : « Le génie, c'est rester derrière un écran à faire des calculs »
Si on imagine le génie enfermé dans l'abstrait ou la technique, c'est souvent parce qu'on en voit rarement le résultat concret.
Jeanne, elle, l'a touché du doigt sur un chantier avec le Programme de regroupement étudiant pour la coopération internationale (PRÉCI). Avec ce club de projets d'ingénierie humanitaire de l'ÉTS, elle a participé à la construction d'une école au Laos. Dans ce cadre, elle a eu la chance d’explorer le projet dans sa globalité : élaborer les plans, choisir les matériaux, puis vivre sur place auprès de la communauté.
Cette dimension terrain est au cœur de la vision à l’ÉTS, où les stages obligatoires en entreprise et les projets concrets ancrent l'apprentissage dans le réel.
« Je souhaite orienter ma carrière vers des projets durables répondant aux besoins des communautés »
Idée reçue 2 : « La santé, c'est l'affaire des médecins, pas des ingénieurs »
On a l’habitude de séparer deux mondes : le soin, qui revient généralement à la médecine, et la technique, qui revient au génie. Les travaux de Rachel brouillent cette frontière. Elle conçoit des dispositifs intra-auriculaires intelligents : des écouteurs qui, grâce au traitement du signal et à l'apprentissage machine, pourraient repérer les premiers signes d'Alzheimer ou de Parkinson avant même l'apparition des symptômes.
L'enjeu n'est pas anodin : pour ces maladies, chaque année gagnée sur le diagnostic compte. Son terrain d'étude, c'est ce que notre oreille révèle de notre état de santé, en continu et sans examen lourd.
Sa recherche illustre une ambition que l'ÉTS porte désormais à grande échelle. Avec itechsanté, son institut spécialisé en technologies de la santé inauguré en 2025, l'École rassemble une cinquantaine de professeures et professeurs autour d'une même conviction : miser sur la cocréation pour relever les défis de santé actuels et futurs. Diagnostiquer plus tôt, surveiller en continu, sans examen lourd : c'est précisément le terrain de Rachel, et l'une des grandes orientations de l'institut.
Le génie ne remplace pas la médecine, il lui ouvre des portes qu'elle n'avait pas.
Idée reçue 3 : « L'ingénieur travaille seul dans son coin »
L'image de l'ingénieur solitaire oublie l'essentiel : presque rien, en génie, ne se réalise seul. Concevoir une fusée est un défi technique colossal, mais ce n'est pas celui dont Mélanie parle en premier. Au sein du club RockÉTS, elle décrit son vrai défi comme humain : bâtir une équipe qui collabore, se coordonne, encaisse les échecs de tests et tient le cap sous pression, le tout en visant un record mondial d'altitude.
C'est tout l'esprit des clubs étudiants de l'ÉTS, où des dizaines de membres issus de tous les programmes de génie conçoivent ensemble des projets bien réels : fusées, voitures solaires, sous-marins autonomes. On y apprend le génie en le pratiquant, et l'on y découvre vite que coordonner une équipe vaut autant que maîtriser une trajectoire de vol.
« J’ai la conviction que le génie ne se limite pas à l’innovation technologique, mais qu’il réside aussi dans la capacité à rassembler et à créer des environnements où chacun peut évoluer et contribuer pleinement »
Idée reçue 4 : « Pour devenir ingénieure, il faut le savoir depuis l'enfance »
La vocation scientifique précoce est un mythe tenace, et un peu décourageant pour qui ne s'est pas rêvé ingénieure à dix ans. Pour Alena, tout est parti d'un détail : un papillon artificiel en alliage à mémoire de forme, aperçu au début de ses études, qui a piqué sa curiosité. Ce hasard a orienté toute la suite. De Moscou à Montréal, d'un double doctorat à un poste de chercheuse, elle a avancé une étape à la fois. Elle travaille aujourd'hui sur l'impression 3D de métaux et des matériaux nouveaux.
Si elle a pu lancer sa carrière de chercheuse à l'ÉTS, c'est grâce au programme Femmes de génie, qui aide de jeunes diplômées à se faire une place dans la recherche. Une façon concrète, pour l'École, d'ouvrir la porte à plus de femmes dans l'enseignement et la recherche.
Une vocation, pourtant, a parfois besoin qu'on l'éveille. C'est tout le sens du programme G-CHANGE, par lequel l'ÉTS va à la rencontre des jeunes femmes de 15 à 19 ans pour démystifier les métiers du génie et leur montrer qu'elles y ont leur place. La démarche porte ses fruits : depuis son lancement, la proportion d'étudiantes à l'ÉTS est passée de 18 % à 24 %.
Une vocation n’est pas toujours une évidence mais naît parfois d’une simple curiosité, puis se construit, étape par étape.
Idée reçue 5 : « Le génie, ça forme des employés, pas des entrepreneurs »
On présente souvent l'ingénieur comme un exécutant, jamais comme l'instigateur. Le parcours d'Enora prend le contre-pied. Partie seule étudier à 16 ans, elle a très tôt appris l'autonomie et la persévérance.
Avant de rejoindre l'ÉTS, elle avait déjà commencé à batir les fondations de sa propre entreprise et contribué à valoriser des innovations issues de la recherche clinique. C'est là qu'elle a découvert sa vraie passion : transformer une idée en projet concret. Son ambition aujourd'hui dépasse sa propre carrière : créer des espaces où les femmes osent, innovent et entreprennent, dans des secteurs où elles restent rares.
Son cas n'a rien d'isolé. Selon l'Ordre des ingénieurs du Québec, la moitié des étudiantes et étudiants en génie comptent un jour se lancer en affaires, et 15 % des ingénieurs possèdent déjà leur entreprise. L'ÉTS l'a bien compris : entreprendre y est l'un des piliers de son plan stratégique. On y trouve le Centech, l'un des dix meilleurs incubateurs universitaires au monde, et depuis 2025 l'espace Ax.c, qui vient de fêter sa première année sur l'ancien parquet de la Bourse de Montréal.
L'École vient même de se doter d'un Bureau de l'entrepreneuriat, où Enora travaille comme stagiaire : déjà à l'œuvre, il ouvrira ses portes physiques prochainement. Ici, on transformera une idée en entreprise sans attendre la fin de ses études.
« J'ai l'ambition de créer des espaces où les femmes peuvent oser, innover et entreprendre, particulièrement dans les domaines scientifiques où elles demeurent sous-représentées »
Idée reçue 6 : « Le génie est purement technique, sans rien de créatif »
Opposer technique et créativité, c'est mal connaître la recherche. Que vient faire une feuille de lotus dans l'aérospatiale? Gelareh s'inspire du vivant : la feuille qui ne se mouille pas, la peau du requin qui glisse dans l'eau, pour mettre au point des matériaux antigivre et autoréparants. Certains de ses revêtements imitent même la cicatrisation de la peau : de minuscules capsules libèrent un agent réparateur dès qu'une fissure apparaît. Ses travaux intéressent Bombardier, Hydro-Québec, jusqu'au ministère de la Défense, et la classent parmi les 2 % de scientifiques les plus cités au monde. Gelareh a rejoint en 2025 le tout nouveau Département de génie aérospatial de l'ÉTS.
Cette rencontre du sensible et de la technique, l'ÉTS la cultive jusque sur son campus. À travers son Programme d'intégration des arts et de la culture, l'École fait dialoguer génie et création, et donne une place de choix aux arts technologiques. Une preuve de plus que le génie, loin d'opposer technique et imagination, peut faire naître de belles choses.
« Tout dans la nature peut devenir matière à enseignement, et moi, je suis une excellente élève »
Ces six femmes ne se ressemblent pas, elles travaillent sur des fusées, des bâtiments, des matériaux, du carbone, des entreprises, des dispositifs de santé. Certaines débutent au baccalauréat, d'autres enseignent et dirigent des projets de recherche. C'est exactement le propos : le génie est vaste, diversifié et permet de s’épanouir grâce à un grand éventail de métiers.
À l'ÉTS, en lien avec les objectifs d’Ingénieurs Canada, nous souhaitons atteindre 30 % d'étudiantes en génie d'ici 2030 et nous nous sommes fixé un objectif d’atteindre une proportion de 25 % de femmes au sein du corps professoral à horizon 2030 dans notre plan stratégique.
Le monde a besoin de plus d'ingénieures mais avant cela, on gagnerait à démystifier les différentes trajectoires pour permettre de comprendre ce qu'est vraiment le génie.