Rendre Internet par satellite plus abordable dans les régions éloignées : c’est le défi auquel s’est attaquée une équipe comprenant Waël Jaafar, professeur au Département de génie logiciel et des technologies de l’information de l’ÉTS. L’équipe a remporté le premier prix de la troisième édition de la Compétition internationale de recherche sur les réseaux non terrestres (NTN’26).
L’équipe réunit également Manobendu Sarker, chercheur postdoctoral, et Gunes Karabulut Kurt, professeure à Polytechnique Montréal. Elle a été récompensée pour un modèle de tarification et de subvention qui vise à concilier trois impératifs : la capacité de payer des populations mal desservies, la viabilité économique des fournisseurs de services satellitaires et les limites des budgets publics.
Organisée par le comité technique sur les communications satellitaires et spatiales de l’IEEE Communications Society et la Communications, Space and Technology Commission d’Arabie saoudite, cette troisième édition invitait la communauté scientifique internationale à proposer des solutions favorisant la durabilité grâce aux réseaux non terrestres et à leur intégration aux réseaux terrestres. Waël Jaafar remporte ainsi les honneurs de cette compétition pour la deuxième fois. En 2022, il avait décroché le premier prix avec une équipe réunissant des chercheurs de l’Université d’Ottawa et de l’Université Carleton, pour des travaux sur l’utilisation de plateformes de communication à haute altitude pour les futurs réseaux sans fil.
Réduire le coût d’accès, pas seulement étendre la couverture
Dans les régions rurales, nordiques ou isolées, les satellites peuvent offrir une connexion là où les infrastructures terrestres sont difficiles à déployer. Mais la disponibilité du service ne suffit pas : encore faut-il que les populations puissent se le permettre.
La solution proposée par l’équipe permet d’évaluer comment répartir le coût d’un service Internet de base entre les personnes abonnées et les programmes de soutien public, tout en préservant la rémunération du fournisseur. Elle tient compte à la fois du seuil d’abordabilité propre à une région, du budget de subvention disponible et de la capacité du réseau à fournir le service. Le soutien public est lié à la prestation vérifiée du service.
« L’accès à Internet est aujourd’hui un facteur essentiel de développement social et économique. Notre objectif est de proposer des solutions qui permettent d’offrir une connectivité abordable et durable aux populations éloignées. Cette récompense souligne le potentiel réel de la recherche pour réduire la fracture numérique », souligne Waël Jaafar.
Mieux cibler les investissements publics
L’approche aide aussi à distinguer les situations où une subvention peut améliorer l’accès de celles où il faut plutôt accroître la capacité du réseau.
Dans les conditions testées par simulation, le modèle a permis de maintenir pratiquement le même niveau de service abordable qu’un scénario de subvention entièrement financé, tout en réduisant les dépenses publiques moyennes de 38,4 %. Ces résultats illustrent le potentiel d’un soutien mieux ciblé : lorsque la capacité du réseau devient le principal obstacle, augmenter les subventions ne permet plus, à lui seul, de desservir davantage de personnes.
Des travaux tournés vers les réseaux de prochaine génération
Cette réalisation s’inscrit dans les recherches de Waël Jaafar sur les communications satellitaires et les futurs réseaux 6G. Son équipe développe des modèles visant à améliorer l’efficacité, l’accessibilité et la résilience des infrastructures de communication, notamment grâce à l’intelligence artificielle et aux jumeaux numériques pour soutenir la prise de décision en temps réel.
Ces travaux rejoignent ceux du projet ORBIT, soutenu par le programme Projets exploratoires d’IVADO, auquel participe le chercheur postdoctoral Manobendu Sarker. Dirigé par Gunes Karabulut Kurt, avec Waël Jaafar comme cochercheur, ORBIT explore comment mieux coordonner les réseaux satellitaires et terrestres grâce à l’intelligence artificielle.
Cette reconnaissance internationale met en lumière le potentiel de ces travaux et ouvre la voie à de nouvelles collaborations avec des partenaires industriels et institutionnels.