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Rendre les chaînes d’approvisionnement (CA) pharmaceutiques plus écologiques constitue un défi : les entreprises doivent réduire leurs émissions sans compromettre l’accès des patients aux médicaments dont ils ont besoin, au moment opportun. Cette étude montre comment les éco-investissements, les politiques publiques et le partage des bénéfices peuvent se conjuguer pour réduire les émissions tout en améliorant le niveau de service et la rentabilité.
La durabilité dans les chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques
Les CA pharmaceutiques doivent garantir la disponibilité des médicaments tout en réduisant l’impact environnemental de la production, du transport et de l’entreposage. Les entreprises recourent de plus en plus à la gestion écologique de la CA pour évaluer et réduire les impacts environnementaux à tous les niveaux (Dzikriansyah et al., 2023). À eux seuls, le transport et l’entreposage représentent respectivement environ 13 % et 11 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les CA (Ren et al., 2023). Des niveaux de stock plus élevés peuvent protéger contre les pénuries, mais ils augmentent l’activité d’entreposage. Par ailleurs, des livraisons plus fréquentes peuvent améliorer la réactivité, mais elles accroissent les émissions liées au transport.
Ces tensions sont particulièrement marquées dans les CA pharmaceutiques, où les politiques de gestion des stocks à révision périodique ont été étudiées comme moyen de prévenir les pénuries et de répondre aux enjeux de santé publique dans un contexte de demande incertaine (Ramandi et Bafruei, 2020). Notre étude cherche à déterminer si ces compromis peuvent être mieux gérés lorsque les entreprises coordonnent leurs décisions et que les gouvernements associent la taxation environnementale à des incitatifs favorisant les investissements verts. Des recherches antérieures indiquent par ailleurs que les subventions peuvent stimuler davantage les améliorations environnementales, ce qui souligne l’importance de la conception des éco-politiques (Yi et al., 2022).
Relier les décisions sur les stocks, l’éco-investissement et la coordination
Malgré toutes les recherches sur les CA pharmaceutiques vertes, il subsiste une lacune importante : l’analyse conjointe des éco-investissements, des décisions de gestion des stocks à révision périodique, des politiques environnementales et de la coordination de la CA. Notre étude intègre ces éléments afin de trouver un équilibre entre performance environnementale, niveau de service et rentabilité
Nous considérons une CA pharmaceutique à deux échelons composée d’un fournisseur et d’un acheteur en aval, par exemple une pharmacie. L’acheteur révise périodiquement ses stocks et détermine les quantités à commander pour faire face à une demande incertaine. La révision périodique revêt en effet une importance particulière dans la distribution pharmaceutique, où la disponibilité des stocks et le niveau de service doivent être assurés malgré l’incertitude de la demande (Darzi Ramandi et al., 2023). Le fournisseur fixe la fréquence de réapprovisionnement de l’acheteur ainsi que le montant investi dans les technologies vertes. L’analyse compare trois modes de prise de décision. Dans le scénario décentralisé, chaque entreprise cherche avant tout à maximiser son propre profit. Dans le scénario centralisé, les décisions sont prises dans l’intérêt de l’ensemble de la CA. Le troisième scénario repose sur un contrat de partage des bénéfices, qui incite économiquement les deux partenaires à rechercher une solution coordonnée. Le modèle tient compte des émissions liées à la production, au transport et à l’entreposage, ainsi que de la consommation d’énergie sur le site de fabrication. Il intègre en outre des politiques publiques, comme une taxe carbone et des incitatifs à la réduction des émissions, dans la lignée des travaux montrant comment les taxes et les programmes incitatifs influencent les décisions dans les CA vertes (Giri et al., 2019). Cette approche permet d’examiner simultanément les résultats économiques, environnementaux et de niveau de service, plutôt que de les traiter séparément.
Gains de performance grâce aux éco-investissements et à la coordination
La coordination proposée permet d’accroître le bénéfice total de la CA jusqu’à 52 % et d’améliorer le niveau de service de plus de 20 %. La figure 1 illustre plus en détail l’influence d’une prise de décision coopérative ou non coopérative sur la rentabilité du fournisseur et de l’acheteur. Par ailleurs, les éco-investissements réduisent les émissions de GES liées au transport jusqu’à 70 % et celles liées à la production jusqu’à 11,5 %.
L’étude met également en évidence l’importance de la conception des politiques. Les incitatifs verts encouragent les fournisseurs à investir dans des technologies plus propres, tandis que des taxes élevées sur les émissions, sans incitatifs complémentaires, peuvent rendre la coordination moins attrayante. Comme l’illustre la figure 2, faire passer le taux de la taxe sur les GES de 0,05 à 0,2 $/kgCO₂ réduit le niveau de service d’environ 3 %. Ce compromis est particulièrement critique dans les CA pharmaceutiques, où toute perturbation du service peut entraîner des risques pour la santé publique. Ces résultats suggèrent que la réglementation environnementale est plus efficace lorsqu’elle ne se limite pas à pénaliser les émissions. Des mesures incitant les entreprises à investir dans des technologies à faibles émissions permettraient de réduire l’empreinte environnementale tout en préservant la performance opérationnelle.
La coordination modifie également la répartition des avantages économiques entre les membres de la CA. Comme le montre la figure 3, la prise de décision coopérative peut améliorer la rentabilité du fournisseur comme de l’acheteur par rapport à une prise de décision non coopérative. Le mécanisme de partage des bénéfices définit une plage de valeurs dans laquelle les deux membres tirent profit de la coordination, ce qui contribue à aligner leurs intérêts individuels sur la performance globale de la CA.
Dans l’ensemble, ces résultats montrent que rendre la CA pharmaceutique plus durable ne passe pas uniquement par la taxation des émissions. Les incitatifs verts peuvent favoriser l’adoption de technologies plus propres, tandis que la coordination permet de répartir les gains économiques qui en découlent entre les acteurs de la CA, sans compromettre le niveau de service.
Conclusion et perspectives pour la gestion
Ces résultats offrent des pistes concrètes pour rendre les CA pharmaceutiques plus durables. Les gestionnaires auraient intérêt à intégrer les éco-investissements dans les décisions de gestion des stocks et de réapprovisionnement, et à coordonner leurs décisions avec celles de leurs partenaires en aval afin d’aligner leurs objectifs. Le partage des bénéfices peut faciliter cette coordination en garantissant que chaque partenaire en bénéficie. Les décideurs publics, quant à eux, devraient concevoir des réglementations environnementales qui concilient la réduction des émissions et le niveau de service. Plutôt que de miser principalement sur les écotaxes, ils gagneraient à recourir à des incitatifs complémentaires, qui encouragent l’adoption de technologies plus propres sans compromettre les objectifs opérationnels. Finalement, intégrer les décisions environnementales et opérationnelles au sein d’une CA coordonnée peut favoriser à la fois la durabilité et la fiabilité des CA pharmaceutiques.
Références
Darzi Ramandi, M., Bafruei, M. K., Ansaripoor, A. H., Paul, S. K., & Chowdhury, M. M. H. (2023). Coordination mechanisms in a two-stage green supply chain: Analyzing the impact of transportation decisions on environment. International Transactions in Operational Research, 30(6), 4170–4207. https://doi.org/ 10.1111/itor.13087
Dzikriansyah, M. A., Masudin, I., Zulfikarijah, F., Jihadi, M., & Jatmiko, R. D. (2023). The role of green supply chain management practices on environmental performance: A case of Indonesian small and medium enterprises. Cleaner Logistics and Supply Chain, 6, 100100. doi:10.1016/j.clscn.2023.100100
Giri, R. N., Mondal, S. K., & Maiti, M. (2019). Government intervention on a competing supply chain with two green manufacturers and a retailer. Computers & Industrial Engineering, 128, 104–121. doi:10.1016/j.cie.2018.12.030
Jauhari, W. A., Wangsa, I. D., Hishamuddin, H., & Rizky, N. (2023). A sustainable vendor-buyer inventory model with incentives, green investment and energy usage under stochastic demand. Cogent Business & Management, 10(1), 2158609. doi:10.1080/23311975.2022.2158609
Ramandi, M. D., & Bafruei, M. K. (2020). Effects of government’s policy on supply chain coordination with a periodic review inventory system to reduce greenhouse gas emissions. Computers & Industrial Engineering, 148, 106756.
Ren, Q., Ku, Y., Wang, Y., & Wu, P. (2023). Research on design and optimization of green warehouse system based on case analysis. Journal of Cleaner Production, 388, 135998. doi:10.1016/j.jclepro.2023.135998
Yi, Y., Wang, Y., Fu, C., & Li, Y. (2022). Taxes or subsidies to promote investment in green technologies for a supply chain considering consumer preferences for green products. Computers & Industrial Engineering, 171, 108371. doi:10.1016/j.cie.2022.108371