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Recherche et innovation Le développement durable, l’économie circulaire et les enjeux environnementaux

La géovisualisation en mille et une façons

Visualisation de données urbaines avec des graphiques en surimpression, illustrant différentes zones géographiques interconnectées.

À première vue, une carte semble être un outil universel. Pourtant, sa lecture, sa compréhension et son utilisation sont loin d’être évidentes pour tout le monde. C’est précisément ce constat qui guide les travaux d’Angélique Montuwy, professeure à l’ÉTS. À la croisée du design, de la géomatique et des sciences cognitives, elle explore une question simple en apparence, mais qui change la manière de comprendre le territoire : comment rendre l’information géospatiale réellement accessible?

Au-delà de la carte : comprendre la géovisualisation

La recherche d’Angélique Montuwy ne se limite pas à produire des cartes, mais vise à développer des méthodes et des outils pour mieux exploiter les données géospatiales dans des contextes scientifiques et sociaux : c’est la géovisualisation.

Ce champ de recherche repose pour elle sur trois piliers complémentaires. D’abord, la cognition spatiale, soit la manière dont les individus perçoivent et comprennent l’espace. Ensuite, la géomatique, qui concerne les aspects techniques de collecte, de stockage, de traitement et de représentation des données. Enfin, le design UX, qui cherche à offrir une expérience du territoire à la fois intuitive, engageante et signifiante.

Autrement dit, il ne suffit pas de produire une carte géographique : il faut que les informations géospatiales qui sont représentées soient compréhensibles, utiles et mobilisables par ceux qui en ont besoin, peu importe la forme qu’elles prennent!

L’accessibilité informationnelle comme principe central

Au cœur des travaux de la professeure Montuwy se trouve une pierre d’assise : garantir une équité d’expérience spatiale. Qu’elles soient sous forme numérique ou non, les informations géospatiales se doivent d’être accessibles indépendamment des capacités perceptives, cognitives ou du niveau de littératie des utilisateurs.

Cette approche, appelée accessibilité informationnelle, dépasse les standards classiques d’accessibilité. Elle ne consiste pas seulement à adapter un outil existant, mais à repenser en profondeur la manière dont l’information est conçue, structurée et présentée.

Cela implique de poser des questions fondamentales : quelles données sont réellement utiles? Sous quelle forme doivent-elles être présentées? Et pour quels usages concrets?

Trois leviers pour rendre l’information géospatiale accessible

Les travaux d’Angélique Montuwy s’articulent autour de trois grands types d’initiatives.

D’abord, comprendre les besoins réels des personnes et des communautés afin d’identifier les connaissances et données pertinentes et les outils de collecte adaptés. 

Ensuite, développer des représentations accessibles, en explorant des alternatives aux cartes traditionnelles à travers la 3D, les jumeaux numériques, des approches ou la matérialisation de l’information directement dans l’environnement. 

Enfin, repenser les méthodes de création pour rapprocher l’information géospatiale de l’expérience du territoire, en mobilisant des approches créatives et participatives à l’écoute des réalités et des contextes d’usages.

Cette démarche participative est essentielle : elle permet de sortir d’une logique descendante, où les experts imposent leurs outils et leurs savoirs, pour construire des solutions mieux ancrées dans les besoins et réalités des populations.

Des projets concrets, dans le secteur de l’environnement

Les recherches d’Angélique Montuwy prennent forme dans une variété de projets, appliqués principalement aux problématiques environnementales.

Dans le domaine de l’hydrographie, elle travaille sur la bathymétrie communautaire, en collaboration avec l’Université Laval. L’objectif est de rendre la cartographie des fonds marins accessible aux communautés riveraines du Saint-Laurent, notamment en développant des outils simples et utiles aux besoins des différentes communautés allochtones et autochtones. 

Elle collabore également, avec le Port de Montréal, au développement d’un jumeau numérique pour améliorer la gestion du fleuve et soutenir la prise de décision. Grâce à des interfaces interactives et des approches centrées humain, ces outils visent à rendre des données complexes plus compréhensibles pour les différentes parties prenantes.

Elle s’intéresse aussi aux enjeux de mobilité durable et à l’accessibilité du territoire, qu’il s’agisse d’accompagner la navigation urbaine de personnes en situation de handicap ou d’explorer comment la représentation de l’information peut encourager le report modal vers les mobilités actives. 

Enfin, elle travaille sur les jumeaux numériques de bâtiment, notamment à l’ÉTS, pour améliorer l’orientation intérieure, la recherche d’itinéraires et l’intégration des maquettes BIM dans leur contexte géospatial.

La carte cognitive au cœur de l’expérience

Un aspect particulièrement original de ses recherches concerne la notion de carte cognitive. Alors que de nombreux outils actuels tendent à analyser l’environnement à la place de l’utilisateur, ses travaux visent plutôt à encourager chacune et chacun à construire leur propre représentation de l’espace pour soutenir les prises de décision.

Pourquoi est-ce important? Parce que notre capacité à nous construire des images mentales de notre environnement implique notamment l’hippocampe. Une dépendance excessive aux outils pourrait affaiblir ce dernier, avec des impacts potentiels sur le vieillissement cognitif.

L’enjeu est donc de concevoir des outils qui n’assistent pas passivement, mais qui stimulent activement la compréhension et la mémorisation de l’espace.

Une vision élargie de la géovisualisation

Ce que montre la recherche d’Angélique Montuwy, c’est que la géovisualisation ne se limite pas aux cartes. Elle englobe une diversité de formes : jumeaux numériques, signalétique, dispositifs physiques, expériences immersives.

Son travail, ancré à la fois en design et en génie de l’environnement, vise à rendre les connaissances en ingénierie elle-même accessible. Non pas en simplifiant à outrance, mais en donnant à chacun les moyens de comprendre, d’interpréter et d’agir.

À terme, ses travaux pourraient transformer la manière dont nous interagissons avec notre territoire, qu’il s’agisse de naviguer, de planifier, de décider ou simplement de mieux comprendre l’espace qui nous entoure.

Et si, finalement, une bonne carte n’était pas celle qui nous dit où aller, mais celle qui nous apprend à nous orienter?