Elle rêve d’être historienne ou capitaine dans la marine marchande. Finalement, elle opte pour l’informatique, un peu par défaut, faute de moyens pour fréquenter une université loin de chez elle. Angélique Montuwy s’y plaît, suffisamment pour compléter un baccalauréat et une maîtrise en génie logiciel. Toutefois, un aspect est négligé. « On oublie le volet humain », constate-t-elle. Pour Angélique, connaître la finalité de ce qu’on propose aux gens est crucial.
Encouragée par son professeur en informatique, Olivier Ridoux, la jeune Angélique s’inscrit au baccalauréat, puis à la maîtrise en technologies éducatives à l’Université de Rennes. Elle se sent dans son élément : on y aborde les technologies sous les angles sociologique, anthropologique et psychologique. Elle poursuit ses études en ergonomie cognitive et obtient son doctorat en psychologie en 2018 à l’Université Paris-Saclay.
Son expertise : les sciences géomatiques
Durant son doctorat, consacré au développement d’une application GPS pour piétons âgés, Angélique découvre les sciences géomatiques. « Mes travaux se concentrent sur la géovisualisation des données », résume-t-elle. À l’aide de jumeaux numériques et de systèmes d’information géographique, la chercheuse explore de nouvelles pistes pour interagir avec le territoire, à l’interface de la géographie, de l’informatique et de la psychologie.
Pendant cinq années, Angélique Montuwy pilote des projets dans les secteurs de la mobilité et des jumeaux numériques pour des applications en France, à Monaco et à Singapour. Bien qu’elle aime ce type de mandats, Mme Montuwy se sent limitée dans sa liberté d’action. Elle souhaite retourner dans le milieu universitaire.
L’ÉTS, pépinière de l’innovation
En 2023, Angélique Montuwy décroche un poste à l’Université Laval en tant que professionnelle de recherche et chargée de cours en géomatique. Elle aspire à devenir professeure régulière afin de poursuivre ses recherches. C’est finalement l’ÉTS qui lui ouvre les portes en la recrutant comme professeure de design à l’automne 2025.
Que vient faire Angélique Montuwy en design à l’ÉTS alors qu’elle n’a jamais étudié dans ce domaine? Justement, au cœur du design se trouve l’utilisateur. Et Angélique Montuwy a développé une expertise redoutable en analyse du comportement humain. Or, les différents départements de génie de l’ÉTS insistent de plus en plus sur l’importance d’intégrer l’utilisateur final dès la conception des produits et systèmes.
La géomatique pour tout le monde
Si plusieurs projets mobilisent la professeure Montuwy, tous partagent une prémisse commune : rendre l’information géospatiale accessible afin de soutenir le développement durable. Ainsi, elle contribue à aider des communautés côtières canadiennes à recueillir des données et à suivre l’érosion de leur territoire, même si celles-ci ne disposent pas de technologies sophistiquées.
Par ailleurs, Mme Montuwy s’efforce de faciliter l’accès à l’information sur les environnements bâtis et les cadastres en utilisant des représentations 3D, le BIM ou des interfaces multisensorielles accessibles pour l’ensemble des citoyens.
Parallèlement, Mme Montuwy poursuit sa recherche sur la littératie cartographique. « Les cartes géographiques mentent », prévient-elle. Comment représenter la réalité sphérique de la planète Terre sur une surface plane? Le choix des couleurs et des proportions des volumes et des formes peut être trompeur. Comment se prémunir alors contre les biais dans nos représentations spatiales?
Le GPS et l’hippocampe
Toutefois, l’objectif de recherche ultime d’Angélique Montuwy est de concevoir un système de navigation GPS qui ne soit pas infantilisant. « Nous avons perdu l’habitude de nous orienter dans l’espace, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur notre vieillissement cognitif », explique la professeure Montuwy. L’hippocampe, une région cérébrale impliquée dans le traitement de l’information spatiale, joue également un rôle crucial dans la construction de nos souvenirs. Plus nous exerçons notre cerveau à explorer dynamiquement notre environnement, meilleure sera notre capacité à retenir les évènements de notre vie. Pourquoi ne pas recourir au design pour concevoir des méthodes novatrices et interactives de planification d’itinéraires?
Angélique Montuwy nous encourage à lire notre environnement intelligemment, non seulement pour stimuler nos facultés cognitives, mais pour nous permettre de garder le nord.