Face à l’intensification des impacts des changements climatiques, certaines régions du monde se trouvent en première ligne, faisant face à plusieurs sources de pression. Inondations, vagues de chaleur, élévation du niveau de la mer ou instabilité des sols y fragilisent les milieux de vie et accentuent les inégalités. C’est dans ce contexte que s’inscrit le consortium Participation active en régénération pour le climat et ses solutions (PARCS), un projet de recherche international qui explore comment cocréer, avec les communautés locales, des solutions d’adaptation et d’atténuation durables.
Le projet repose sur trois laboratoires vivants implantés dans des territoires particulièrement vulnérables : à Medellín (Colombie), dans le kabupaten d’Indramayu (Indonésie) et à Port Arthur, au Texas (États-Unis). Ces sites servent de terrains d’expérimentation pour une approche participative en trois étapes : d’abord, l’évaluation des risques et des besoins en s’appuyant sur les savoirs locaux; ensuite, la coconception de solutions régénératrices par des démarches collaboratives; enfin, pour la Colombie, la mise en œuvre concrète de ces solutions.
Medellín : entre vulnérabilité urbaine et savoirs locaux
Deuxième plus grande ville de Colombie, Medellín compte environ 2,5 millions d’habitants, et près de 4 millions dans son aire métropolitaine. Nichée dans la vallée de l’Aburrá, au cœur des Andes, elle présente un contraste marqué entre développement urbain et précarité. De nombreux quartiers informels, construits sur des terrains instables par des populations déplacées, sont particulièrement exposés aux risques environnementaux.
Le laboratoire vivant se concentre sur le micro-bassin versant de La Iguaná, où deux micro-territoires ont été identifiés en raison de leur vulnérabilité sociale et écologique. Sur le terrain, les chercheurs travaillent étroitement avec les communautés pour faire émerger des solutions adaptées à leur réalité.
Carolina Moreno Londoño, doctorante à l’ÉTS, développe une méthodologie favorisant la coconception de solutions régénératrices. Les premières pistes identifiées incluent notamment la création de jardins communautaires et familiaux, qui contribuent à la sécurité alimentaire tout en renforçant les liens sociaux. Ces initiatives s’inscrivent dans une volonté forte des habitants de préserver le caractère rural de leur environnement et de limiter l’expansion de constructions à grande échelle.
Parallèlement, Pierre Boucher, également doctorant à l’ÉTS, s’intéresse au potentiel du bambou colombien (Guadua angustifolia) dans la construction. Matériau renouvelable à croissance rapide, le bambou présente des avantages environnementaux et économiques importants. Bien qu’il soit utilisé depuis longtemps dans l’architecture vernaculaire, son intégration dans les pratiques contemporaines reste limitée.
Ses recherches visent à développer des systèmes d’assemblage adaptés, capables de garantir la performance et la fiabilité des structures en bambou. L’objectif est de faciliter l’utilisation de ce matériau dans des projets de construction durables, en particulier dans des contextes vulnérables.
Enfin, Ricardo Pérez-Restrepo, doctorant à l’ETH Zurich, s’intéresse aux dynamiques d’urbanisation informelle. À travers des approches ethnographiques, il analyse les pratiques locales de construction et les logiques sociales qui les sous-tendent. Son travail vise à développer des outils d’aide à la décision intégrant les dimensions socioculturelles, afin de favoriser des solutions réellement ancrées dans le contexte local et durables à long terme.
Indramayu : vivre avec l’eau
Sur la côte nord de Java occidental, en Indonésie, le laboratoire vivant d’Indramayu se déploie dans un environnement particulièrement exposé. Cette région très basse subit des inondations quotidiennes liées aux marées, connues sous le nom de rob. Ces phénomènes sont aggravés par l’affaissement du sol, causé notamment par l’extraction d’eau souterraine et de pétrole, qui peut atteindre jusqu’à 54 mm par an, bien au-delà du rythme d’élévation du niveau de la mer.
Dans ce contexte, les chercheurs de l’Université de Bath mobilisent des données satellitaires et des modèles pour mieux comprendre l’évolution des inondations. Toutefois, la précision des projections reste limitée par le manque de données topographiques fiables. Une chose demeure certaine : les conditions actuelles, déjà difficiles, continueront de se dégrader.
Malgré ces risques, les populations locales entretiennent un lien fort avec leur territoire, souvent lié à leurs moyens de subsistance. Si des projets de relocalisation ont été amorcés par les autorités, ils soulèvent de nombreuses questions, d’autant plus que les zones de relogement pourraient elles-mêmes devenir vulnérables à moyen terme.
Deux doctorantes de l’Institut de technologie de Bandung jouent un rôle central dans ce laboratoire. Choerunisa Noor Syahid s’intéresse aux dimensions socioculturelles de l’adaptation, en explorant la manière dont les communautés perçoivent l’eau et organisent leur quotidien en fonction de cet élément. Son approche met en valeur l’importance des savoirs locaux et de la culture dans les stratégies de résilience.
De son côté, Allamah Yahya Qolbun Salim analyse les interactions entre les différents acteurs impliqués dans les décisions de relocalisation, qu’ils soient issus du gouvernement ou des communautés.
La dimension architecturale est également explorée, notamment par Aoife Wiberg, de l’Université de Floride, qui s’intéresse à l’utilisation de matériaux régénératifs comme le bambou. En parallèle, l’Université norvégienne NTNU développe des outils de visualisation et de simulation permettant de mieux comprendre les risques et d’explorer collectivement des solutions. Le chercheur postdoctoral Bintang Noor Prabowo joue ici un rôle charnière en reliant les approches techniques aux réalités locales, afin de garantir que les solutions proposées soient à la fois pertinentes culturellement et viables à long terme.
Port Arthur : reconstruire face aux risques cumulés
Aux États-Unis, la ville de Port Arthur, au Texas, est confrontée à une combinaison de risques climatiques : ouragans, inondations, ondes de tempête et vagues de chaleur, amplifiés par la montée des eaux dans une zone exposée à d’autres enjeux sociaux et environnementaux. Ces événements répétés fragilisent les habitations, entraînent des coûts de réparation élevés et dégradent les conditions de vie, notamment en favorisant l’apparition de moisissures et de dommages structurels.
Les populations les plus vulnérables sont particulièrement touchées, exposées à des risques accrus de déplacement et à des difficultés de reconstruction. À cela s’ajoutent des défaillances en cascade des infrastructures, qui affaiblissent la résilience globale du territoire.
Pour répondre à ces enjeux, une équipe multidisciplinaire dirigée par des chercheurs de l’Université Texas A&M, dont la doctorante Mana Nemati Aghdam, mène une recherche participative visant à mieux comprendre l’exposition des bâtiments résidentiels aux aléas climatiques et à élaborer des lignes directrices de conception adaptées.
Le projet s’appuie sur une forte participation des communautés locales. Une enquête a d’abord permis d’identifier les principales préoccupations des habitants en matière de dommages aux logements et les obstacles à la résilience. Des groupes de discussion et des entretiens sont ensuite organisés avec des résidents, des organisations communautaires et des responsables municipaux afin de croiser les perspectives.
Ces échanges permettent de mieux cerner les vulnérabilités spécifiques au territoire, ainsi que les défis rencontrés à chaque étape des catastrophes, de la préparation à la reconstruction. Les résultats alimenteront la conception d’ateliers participatifs et d’outils de coproduction de connaissances.
Une approche ancrée dans les territoires
Au sein de ces trois laboratoires vivants, le projet PARCS met en lumière l’importance d’une approche collaborative et contextualisée face aux changements climatiques dans les zones exposées à plusieurs sources de pressions. En intégrant les savoirs locaux, les réalités socioculturelles et les contraintes environnementales, il vise à faire émerger des solutions régénératrices, capables de renforcer durablement la résilience des communautés.
Au-delà des solutions techniques, c’est une autre manière de concevoir l’action climatique qui se dessine : une approche fondée sur l’écoute, la participation et la coconstruction, où les communautés ne sont plus seulement des bénéficiaires, mais des acteurs à part entière du changement.
Le projet est financé par le fonds Nouvelles Frontières en recherche internationale des trois organismes gouvernementaux et vise à supporter les initiatives conjointes multidisciplinaires et internationales. Le projet est mené à l’ÉTS par Diego Ramirez Cardona et Claudiane Ouellet-Plamondon (principale investigatrice nominée). Les co-investigateurs principaux internationaux sont Harlem Acevedo Agudelo (Instituto Tecnológico Metropolitano), Adiwan Aritenang (Institute of Technology Bandung), Manish Kumar Dixit (Texas A&M University), Guillaume Habert (ETH Zurich), Aoife Houlihan Wiberg (University of Florida), Diego Ramirez Cardona (École de technologie supérieure), Liliana Restrepo Medina (Instituto Tecnológico Metropolitano), Nurrohman Wijaya (Institute of Technology Bandung), Arild Gustavsen (Norwegian University of Science and Technology). Les coapplicants internationaux sont Chris Blenkinsopp (University of Bath), Christina Demski (University of Bath), Tristan Kershaw (University of Bath), Donny Koerniawan (Institute of Technology Bandung), Jaimie Masterson (Texas A&M University), Jayanta Mondol, Freja Nygaard Rasmussen (Norwegian University of Science and Technology), Daniel Satola, (Norwegian University of Science and Technology). Le projet a officiellement commencé en 2025 et se terminera au début de l’année 2028.