Quel est le lien entre du mobilier scolaire et des lignes à haute tension d’Hydro-Québec? Leur intégration dans le cadre de vie des gens. Caroline Gagnon, professeure de design à l’ÉTS depuis l’automne 2025, pousse sa réflexion au-delà des enjeux visuels du design pour inclure les dimensions sociales et politiques d’un projet ou d’un aménagement.
Une classe surchargée d’objets de couleurs, de formes, de matériaux variés peut nuire à la concentration des élèves. De la même façon que les lignes aériennes à haute tension peuvent charcuter la beauté d’un paysage. Mme Gagnon souligne l’importance d’une intervention en amont dans la planification de projets pour améliorer leur implantation et acceptabilité sociale.
Détentrice d’un doctorat en aménagement (2007) et d’une maîtrise en aménagement de l’Université de Montréal (2000), ainsi que d’un baccalauréat en design de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal (1994), Caroline Gagnon a également effectué un postdoctorat à la Cité du design de Saint-Étienne, en France. Là, elle a entrepris une démarche pour comprendre l’influence du design dans le développement d’un territoire.
« J’ai eu un parcours très éclectique, du design de mode au design de l’environnement en passant par une approche multiscalaire qui me permet de connecter l’objet (équipement et bâtiments) à la structure (la ville). Cela m’a aidée à comprendre le lien entre les contraintes du design des équipements urbains et l’utilisation des lieux à l’échelle humaine », raconte Caroline Gagnon.
Pylônes et esthétique
Son passage de douze années à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal a façonné sa vision. D’abord embauchée pour un mandat de recherche pour Hydro-Québec, elle a consacré sa thèse sur l’appréciation esthétique des lignes à haute tension dans le paysage. Caroline Gagnon s’intéresse particulièrement aux infrastructures techniques jugées plus ou moins attrayantes dans l’espace public, ainsi qu’à la manière de les intégrer dans l’environnement. « On doit concevoir des projets qui visent à mieux comprendre comment les équipements vont impacter les milieux de vie et non pas nécessairement qui sont les moins chers et les plus rapides à réaliser », soutient-elle.
Le fil rouge de ses recherches est lié à la perception que les gens se font de leur milieu. Caroline Gagnon s’est intéressée surtout au design dans les contextes publics, et plus récemment dans les secteurs scolaires et hospitaliers.
Le design empathique
« L’être humain a besoin d’objets, affirme d’emblée Caroline Gagnon. Les objets peuvent être à la fois des soutiens à la vie quotidienne, mais lorsqu’on les additionne, cela génère des contraintes ». Elle donne l’exemple du patient hospitalisé qui doit marcher pour activer sa récupération. Outre la gêne d’être vêtu d’une jaquette et le fait d’être relié à des solutés, il doit se frayer un chemin dans un véritable dédale jalonné d’obstacles le long du couloir d’une unité de soins. « Avant de réinventer l’équipement technologique, on peut réorganiser l’espace et proposer un itinéraire menant à un point de vue captivant depuis une fenêtre pour favoriser la marche et la guérison », souligne Mme Gagnon. Il est important de se mettre à la place des utilisateurs, qui sont au cœur de l’expérience. Ici, on évoque les patients, le personnel soignant et les visiteurs.
La technologie n’est donc pas tout. Parfois le défi comme designer ou aménagiste n’est pas de créer des objets, mais d’en supprimer, ou alors de suggérer des options déjà existantes.
Professeure-chercheuse à L’ÉTS
Chercheuse associée à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal depuis 2007, professeure à l’École de design de l’Université Laval durant treize ans, où elle a amorcé sa carrière en tant que fondatrice et directrice du programme en design de produits à la même université, Caroline Gagnon a accepté le poste à l’ÉTS afin de participer à la création du Département de design. Elle aime enseigner, mais la recherche est importante, et l’ÉTS lui permettait de combiner les deux pôles de son expertise.
L’IA nous attend au détour
Les projets se multiplient et Caroline Gagnon est enthousiaste à l’idée de pouvoir les mettre en branle dans l’optique d’une transition socioécologique. Elle s’intéresse maintenant à la sobriété. En même temps, l’effervescence créée par l’IA engendre une prolifération d’infrastructures qui devront bien être installées quelque part. Le défi des designers sera d’orienter les décisions en amont afin de favoriser l’acceptabilité sociale des projets, et ainsi, d’assurer une harmonisation des perspectives de la sobriété.
« Le design, c’est de concrétiser des idées abstraites », conclut Mme Gagnon.