Un projet de recherche de la professeure Noumeir

Sauver des vies en milieu carcéral grâce à la vision intelligente 

8 février 2021
rita noumeir ets
Rita Noumeir.

Les suicides en milieu carcéral sont plus fréquents que dans la population en général : ils varieraient de 36 à 55 suicides pour 100 000 personnes, alors que ce taux s’élève à 11,5 personnes dans la population canadienne*. Rita Noumeir, chercheuse au Département de génie électrique, souhaite contribuer à la résolution de cet enjeu, et la technologie qu'elle veut élaborer dans le cadre de son projet de recherche pourrait sauver des vies.

« Il va de soi que les personnes suicidaires ont besoin du soutien de professionnels, explique d’entrée de jeu la professeure. Cela dit, est-ce que la technologie peut aider le personnel des pénitenciers à sauver des vies en les aidant à intervenir avant qu’un détenu commette l’irréparable? Je crois que oui! »

Grâce à ses progrès des dernières années, l’intelligence artificielle pourrait être, dans ce cas-ci, fort utile. La professeure Noumeir, qui travaille en analyse d’images et de vidéos depuis plusieurs années, poursuit une collaboration industrielle visant à développer un outil pour détecter les comportements destructeurs et auto-infligés en milieu carcéral. Ce projet est réalisé en partenariat avec Aerosystems international. 

Sauver des vies

L’entreprise souhaite développer un produit pour mieux détecter lorsque la vie d’un détenu est en danger : tentative de suicide, chute, surdose, assaut entre détenus. 

Pour ce faire, l’équipe de recherche travaille à l’aide de caméras dernier cri, qui détectent la profondeur grâce à l’infrarouge. En combinant le flux de ces caméras à ceux des caméras 2D, l’application pourra détecter la position des articulations du corps humain dans l’espace et comprendre comment le corps est en train de bouger. « C’est là où entre en jeu l’IA », précise la professeure. Ainsi, l’intelligence artificielle analyse ces données pour classifier l’action : est-ce qu’il y a une action? Quand a-t-elle commencé? Quelle est-elle? « Est-ce que la personne tombe? », cite en exemple la professeure. 

Dans ses premières collaborations avec Aerosystems international, la chercheuse et son équipe ont commencé par vouloir détecter une seule action. La problématique s’est ensuite élargie, afin de pouvoir détecter différentes actions, et ultimement, le mouvement de la respiration. « C’est un défi parce que le corps est en mouvement », précise Mme Noumeir.

En ce moment, on peut obliger les détenus à porter des dispositifs qui détectent par exemple le pouls. Mais la solution sur laquelle planchent la professeure et son partenaire permettrait de sauver de précieuses minutes. « On veut détecter avant qu’il ne soit trop tard, avant que la respiration s’arrête, pour sauver des vies », souligne la chercheuse.

Les défis à relever

Le principal défi de cette méthode de machine learning reste toutefois la disponibilité des données pour l’apprentissage. « On n’a pas de données spécifiques pour notre application », explique la professeure Noumeir. La chercheuse et son équipe doivent mettre à profit toutes leurs connaissances pour pouvoir tirer profit des données publiques qui existent et spécialiser les algorithmes. Lorsque l’application détectera un comportement problématique, ce sera à toujours à l’humain de vérifier l’état de santé du détenu. « Nous, ce qu’on fait, c’est aider l’être humain », conclut Rita Noumeir. 

À propos de Rita Noumeir 

Professeure au Département de génie électrique depuis 1994, Rita Noumeir développe des applications intégrant l’intelligence artificielle. Elle s’intéresse au traitement et à l’analyse des vidéos, des images et des signaux physiologiques. Ses travaux de recherche portent notamment sur la reconnaissance d’activités à partir de séquences de vidéos ainsi que sur l’aide à la décision pour améliorer la qualité des soins intensifs des patients gravement malades.

Membre de plusieurs comités scientifiques, la professeure Noumeir est très sollicitée par des organismes subventionnaires nationaux et internationaux afin d’évaluer des propositions de recherche. 

Depuis son arrivée à l’ÉTS, la professeure Noumeir a contribué à la publication de plus d’une centaine d’articles dans des revues internationales de haut niveau avec comité de lecture ou diffusés dans des conférences internationales. 

Chercheuse principale de nombreux projets de recherche ayant bénéficié de subventions importantes, qu’il s’agisse de la Fondation canadienne pour l’innovation, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) - Recherche et développement coopératif, de Prompt et de Mitacs, la professeure Noumeir a établi des liens étroits avec le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine ainsi qu’avec des entreprises liées au domaine médical ou spécialisées en sécurité.

Chantal Crevier

Service des communications

514 396-8800, poste 7893

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