Éthique et cybersécurité, alliées ou ennemies?

Ulrich Aïvodji, professeur au Département de génie logiciel et des TI

18 novembre 2021
ulrich aivodji
Ulrich Aivodji.

Avoir 7 ans, vouloir devenir astronaute, mais naître au Bénin… Heureusement, le petit Ulrich Aïvodjï a une maman institutrice qui l’inonde de livres, sur la science notamment, et l’histoire. 

La science le mènera à l’informatique, l’histoire à la reconnaissance de tactiques des cyberpirates. D’où son intérêt pour l’éthique et la cybersécurité dans l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Du Bénin au Maroc, de Toulouse à Montréal

Tout est mathématique. Après son baccalauréat en sciences, option mathématique, une bourse d’excellence le mène au Maroc où Ulrich Aïvodjï entreprend ses études d’ingénieur. À la fin de son parcours, un programme d’échange lui permet de poursuivre son cursus à Toulouse, en France. Et là, c’est le destin qui vient à sa rencontre. Grâce à une bourse d’études, il peut approfondir une problématique qui le passionne et qui fera l’objet de sa thèse de doctorat : la protection des données privées dans le contexte de la localisation lors du covoiturage. C’est au cours d’un projet de mobilité effectué durant la rédaction de sa thèse qu’il découvre Montréal et de futurs collaborateurs.  

Dis-moi où tu vas, et je saurai tout sur toi!

Le secteur du covoiturage est en effervescence un peu partout dans le monde et le flux de transmission de données explose. Cela inquiète Ulrich : « Si on arrive à obtenir des informations sur trois localisations que vous avez utilisées dans la journée — par exemple, où vous travaillez, où vous avez pris votre café et quel gym vous fréquentez —, on est capable de vous identifier dans une population à l’échelle d’un pays ». 

C’est là où le travail d’Ulrich prend tout son sens. 

Un défi algorithmique

Comment sécuriser les données à bas coût tout en offrant l’information désirée rapidement? Deux experts encadrent la recherche d’Ulrich Aïvodji : Marie-José Huguet, spécialiste en optimisation mathématique à l’INSA de Toulouse et Marc-Olivier Killijian, spécialiste en sécurité au Centre national de la recherche scientifique à Toulouse. Ulrich est fier de préciser qu’ils ont été les premiers à proposer une solution dans le contexte du covoiturage où deux personnes peuvent trouver le chemin le plus rapide vers les lieux de rencontre et de séparation sans avoir à communiquer leur point d’origine. « En cryptographie, cela s’appelle le calcul multipartite sécurisé. »

L’éthique et l’intelligence artificielle

Ulrich obtient son doctorat en janvier 2018 à Toulouse, et trois mois plus tard, s’installe à Montréal dans le cadre d’un stage postdoctoral sur invitation de Sébastien Gambs, professeur au département d’informatique de l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives.  

Peut-on apprendre la morale à une machine? Selon Ulrich, l’enjeu déterminant s’avère la collecte  d’informations qui alimentent l’intelligence artificielle. 

Blanchiment éthique et Big Data!

La discrimination systémique est souvent expliquée rationnellement a posteriori. Ainsi, ce serait un hasard si tous les candidats pour tel poste sont des hommes blancs. C’est la machine qui a décidé. Comment est-ce possible? 

En fait, dans le processus de sélection, dira l’entreprise, « il fallait une personne qui ait fréquenté telle école puisque nos clients dans tel endroit du monde ont besoin de cette école-là. Ensuite, la personne recrutée devait avoir étudié telle ou telle langue. Et il se trouve, par hasard, que sur l’ensemble des candidats potentiels, il n’y avait que des hommes qui présentaient ce profil-là ». Et devant la loi, cette entreprise aura raison.

Le blanchiment éthique auquel s’attaque Ulrich est pernicieux parce que même les personnes de bonne foi peuvent agir de manière discriminatoire. 

Mais qui crée ces modèles de prédiction? Avec quelles données? Selon quels biais historiques?

Des segments entiers de la population sont tenus à l’écart parce qu’ils ne correspondent pas aux algorithmes des machines. « Il faut contrôler la façon dont l’explication est produite et s’assurer qu’elle n’est pas manipulée ». C’est le genre de défis qui attend les ingénieurs et ingénieures. 

Enseigner la voie de l’éthique à l’ÉTS

Enseigner est naturel pour Ulrich Aïvodji. Sa mère lui a donné tôt le goût de ce métier. Et puis, c’est vraiment complémentaire à sa recherche. Discuter avec des étudiants et étudiantes permet de consolider certains éléments de sa recherche, mais surtout cela assure une continuité, une transmission des connaissances. « Dans le domaine où je suis, il y a très peu d’expertise sur les enjeux de la sécurité. » Et la responsabilité en incombe aux personnes qui créent les systèmes et les maintiennent à jour : les ingénieurs et les ingénieures.

Les pirates peuvent causer beaucoup de dommages en s’immisçant dans les brèches informatiques non détectées. Pourtant, l’histoire nous enseigne que les stratégies d’attaque se reproduisent à l’infini, seul le contexte change. « Si on forme les gens sur les erreurs passées, on peut faire beaucoup dès maintenant ». 

Astronaute dans le cyberespace

Nul besoin d’être astronaute pour naviguer dans le cyberespace, il suffit de suivre les traces d’Ulrich Aïvodji à l’ÉTS et de découvrir son univers de recherche appliquée. Le monde en sera plus sécuritaire, ça, c’est certain!

Chantal Crevier

Service des communications et du recrutement étudiant

514 396-8800, poste 7893

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