Jean-Philippe Roberge, professeur du Département de génie des systèmes

Le professeur qui dote les robots des sens de la vue et du toucher

16 juillet 2020
jean-philippe roberge
Jean-Philippe Roberge.

C’est bien connu, la vie est parfois faite de paradoxes.

 Ainsi en est-il pour le parcours de Jean-Philippe Roberge : à la fin l’adolescence, il ne se sent « pas prédisposé » à aller à l’université. Deux décennies plus tard, non seulement y est-il allé, mais il est – depuis le 1er avril dernier – professeur au Département de génie des systèmes de l’École de technologie supérieure!

C’est que le spécialiste de la robotique a vécu des expériences académiques qui lui ont sans cesse donné le goût d’aller plus loin.

L’histoire commence à l’école secondaire, tandis qu’il conçoit un fréquencemètre avec un collègue, lors d’un projet effectué dans son cours de physique. « Cette expérience donnait un sens à la théorie et à la pratique », se remémore-t-il. C’est l’une des expériences déterminantes qui le pousse à s’inscrire en génie électrique au cégep Ahuntsic.

À ce moment-là, il ne songe pas à aller à l’université. Il le signifie même à ses parents.

Toutefois, son passage au collégial révèle en lui une passion pour l’automatisation qu’il souhaite alimenter. C’est ainsi qu’il s’inscrit en 2005 au baccalauréat en génie de la production automatisée à l’ÉTS. Sa passion se raffine alors vers la robotique.

La robotique dans la mire 

« J’ai beaucoup aimé mes études de baccalauréat, mais une fois encore, je sentais le besoin d’explorer davantage la voie de la robotique, plus particulièrement celle du contrôle et de la manipulation avancée », relate Jean-Philippe Roberge.

En 2009, il entreprend un programme de maîtrise en génie électrique à Polytechnique Montréal, au cours duquel il crée un système de vision tridimensionnelle en robotique mobile, en étroite collaboration avec l’Agence spatiale canadienne (ASC). C’est le début d’une association qui se poursuit aujourd’hui encore. Après sa maîtrise, M. Roberge occupe divers postes, mais sa soif de connaissances le pousse, en 2016, à entamer un doctorat en robotique, intelligence artificielle et intelligence tactile, sous la codirection de l’ÉTS et l’Université Stanford, en Californie.

Lors de ses études doctorales, il développera différents capteurs tactiles avec le Biomimetics and Dexterous Manipulation Lab de l’Université Stanford. L’essentiel de sa recherche visera surtout à utiliser les données provenant de ces capteurs afin de nourrir de puissants algorithmes d’intelligence artificielle pour ainsi repousser les limites actuelles de la robotique.

« Mon objectif consistait à résoudre des problèmes liés à la manipulation d’objets utilisés dans le contexte de tâches difficiles à automatiser, explique-t-il. Ainsi, j’ai étudié l’utilisation de capteurs tactiles liés à des algorithmes de contrôle visant à bonifier la dextérité et l’agilité des robots en usine. » Une entreprise se servira d’ailleurs de ses travaux pour améliorer le processus de peinture de pièces usinées.

Au-delà de ces réalisations, sa collaboration avec l’Université Stanford constitue l’une des expériences les plus enrichissantes pour M. Roberge, tant sur le plan de son développement personnel que de l’élargissement de ses réseaux de contacts.

Les yeux dans l’espace

Tout en poursuivant son doctorat, Jean-Philippe Roberge multiplie les contrats. « J’ai beaucoup travaillé pendant mes études! », confie-t-il en rigolant.

Parmi les différents emplois qu’il a occupés, il a notamment été développeur-programmeur et responsable de la maintenance d’une série de logiciels pour la robotique, utilisée par les clients du consortium ROS-Industrial. Il a également été chercheur en robotique et intelligence artificielle pour le compte de Samsung AI.
Mais, c’est surtout auprès de l’Agence spatiale canadienne qu’il met à profit ses talents d’ingénieur en robotique. Pendant près de trois ans, il peaufine son système de vision tridimensionnel que l’Agence a d’ailleurs utilisé jusqu’à tout récemment. 

Fait anecdotique : un matin où il était concentré à ses travaux dans un laboratoire de l’Agence, un homme est venu lui parler, mais Jean-Philippe Roberge ne le reconnaît pas. Plus tard, il apprendra qu’il s’agissait du président de l’Agence, l’astronaute Steven MacLean qui a pris part à deux missions dans l’espace, soit en 1992 et en 2006. M. MacLean avait de quoi s’intéresser au projet de M. Roberge : lors de sa mission en 1992, il avait notamment effectué des expériences sur l'évaluation du système de vision spatiale!

Début 2019, l’ASC l’embauche de nouveau comme contractuel pour mettre au point un nouveau système de vision actif – basé sur la technologie LIDAR – afin que les appareils qui iront sur mars puissent voir de nuit, grâce à un laser. « Ce système permettra aux robots de cartographier l’environnement en 3D et, par exemple, afin de pouvoir se déplacer de manière sécuritaire et de localiser des roches à saisir », illustre Jean-Philippe Roberge.

« Ma collaboration avec l’ASC compte parmi mes plus belles réalisations, affirme le professeur de l’ÉTS. Travailler avec les spécialistes de l’Agence a permis de parfaire ma formation et a grandement enrichi ma vie professionnelle, notamment à l’international », témoigne-t-il.

Une autre contribution scientifique   fait la fierté de M. Roberge : il a participé au développement du capteur tactile utilisé à l’ÉTS, l’un des plus performants du domaine. 

Professeur dans l’âme

Grand amateur d’échecs – il adore regarder des matchs, lui qui a remporté un tournoi à l’âge de 13 ans! – Jean-Philippe Roberge est interpellé par l’enseignement depuis longtemps. D’ailleurs, avant de devenir officiellement professeur, il était chargé de cours à l’ÉTS depuis 2013 et l’a aussi été à Polytechnique Montréal de 2010 à 2012.

« Je désirais devenir professeur pour faire avancer la recherche, mais aussi et surtout pour partager mon désir d’apprendre avec les étudiants, conclut Jean-Philippe Roberge. Donner des cours est une chose, mais mon souhait est de parvenir à élargir les horizons des étudiants, leur transmettre l’importance de ne pas fournir que le strict minimum, mais de se dépasser constamment et de sortir des sentiers battus. »

Parce qu’avec lui, sky is the limit!

Chantal Crevier

Service des communications

514 396-8800, poste 7893

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