Daniel Drouet, maître d’enseignement

Trouver le bonheur dans l’entrepreneuriat!

16 juin 2020
daniel drouet ets
Daniel Drouet.

Les futurs ingénieurs formés à l’École de technologie supérieure (ÉTS) sont appelés à devenir des acteurs importants de la future économie. Il n’est donc pas étonnant que plusieurs souhaitent valider si l’entrepreneuriat – ou un projet d’entreprise qu’ils nourrissent déjà – correspond à leurs aptitudes et aspirations.

Pour les accompagner dans leur démarche, il faut quelqu’un qui combine l’expérience de l’entrepreneuriat et une excellente connaissance au plan technologique : c’est précisément le profil de Daniel Drouet, maître d’enseignement à l’ÉTS depuis avril 2020, qui offre le cours d’introduction à l’entrepreneurship.

Du génie électrique à l’entrepreneuriat

Après avoir obtenu un baccalauréat en économie de l’Université McGill en 1990, M. Drouet a voyagé et travaillé quelque temps pour ensuite retourner sur les bancs d’école de la même institution : en 2000, il y décroche un deuxième baccalauréat – cette fois en génie électrique.

À l’époque, Internet en est à ses premiers balbutiements et les téléphones cellulaires – loin de l’intelligence qu’on leur prête aujourd’hui – ne servent qu’à faire des appels…

Attiré par les télécommunications et le réseautage des données, il obtient son premier poste au sein de l’entreprise JDS à Ottawa : à titre de stagiaire, le futur ingénieur et deux collègues se voient confier un projet aux allures secrètes : trouver une façon de produire à grande échelle des amplificateurs optiques qui permettent d’amplifier les signaux dans une fibre optique sans avoir à décomposer chaque longueur d’onde.

Et leur mission est un succès : ces appareils sont tellement en demande que l’unité d’affaires, qui ne comptait que trois ingénieurs à l’origine, passe rapidement à 350 employés qui travaillent 24 heures par jour, sept jours par semaine… grâce à l’informatisation du plancher de production qui a été mise sur pied par les ingénieurs.

« Une grande partie de l’Internet moderne, incluant notamment le streaming vidéo, dépend de cette technologie que nous avons produite à l’époque parce qu’elle a permis de réduire énormément le coût de la bande passante, rendant ainsi économiquement viable l’Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui », rappelle Daniel Drouet.

Puis, à sa dernière année de baccalauréat, il est embauché par une filiale de Bell qui est responsable des 350 plus grands clients de l’entreprise, dont les gouvernements et des multinationales. M. Drouet apprend alors à négocier avec les entreprises, tout en se familiarisant avec les ventes corporatives, les opérations des réseaux et les partenariats. 

En 2004, l’Institut international des télécommunications requiert son expertise pour effectuer de la formation et de la consultation auprès de différents clients, tant en Amérique qu’en Afrique et au Moyen-Orient, en partenariat avec une agence de l’Organisation des nations unies. Il est aussi affecté à un centre de recherche qui a été le premier en Amérique du nord à déployer la technologie 3G. Cette technologie rendra accessible au grand public pour la première fois une connexion data rapide sur appareil mobile!

« Nous essayions alors d’imaginer ce qui deviendrait possible en combinant la téléphonie avec Internet, et ce, bien des années avant que ça existe », se remémore Daniel Drouet.

L’aventure des start-up, ou comment apprendre de ses erreurs

Constatant que la technologie 3G pouvait permettre d’innover – notamment du côté des applications mobiles – Daniel Drouet s’interroge avec un ami sur les motifs pour lesquels il n’existe pas de pôle de capital de risque au Québec. Il vient alors de quitter l’Institut international des télécommunications.

Tous deux mettent donc sur pied le fonds de capital de risque Montreal Start-Up – qui deviendra Real Ventures trois ans plus tard – avec le soutien d’investissement Québec et du Fonds de solidarité de la FTQ qui y investissent 5 millions de dollars. Trois ans plus tard, ils parviennent à lever un deuxième fonds qui atteint les 50 millions de dollars. 

« À ce moment, j’ai souffert du syndrome de l’imposteur, car je n’avais jamais créé moi-même une entreprise, raconte Daniel Drouet avec humilité. J’ai alors quitté Real Ventures. » Pour se prouver à lui-même, il décide de lancer sa propre entreprise de croissance  : Ajah! « Je voulais diriger une équipe d’ingénieurs, bâtir un produit de A à Z. J’avais prévu monter l’affaire et quitter après trois ans, mais il m’en a fallu cinq, narre-t-il. L’expérience du démarrage a été pénible et j’ai appris de mes erreurs. »

Sa principale bévue? « On n’avait pas de membres externes à notre conseil d’administration! Or, en tant qu’entrepreneur, on est tellement pris par le quotidien qu’on manque de perspective, d’où l’importance d’avoir des gens détachés de la gestion au jour le jour pour voir plus loin. »

« Connais-toi toi-même » 

S’il a jadis considéré Ajah comme un échec personnel, il est fier de voir que 10 ans plus tard, l’entreprise est toujours en activité et permet à des gens de bien gagner leur vie.

« L’entrepreneuriat peut faire peur à première vue, et c’est justifié car ce n’est pas une voie facile », convient celui qui est entrepreneur en résidence pour Centech, l’incubateur d’entreprises de l’ÉTS.

Paraphrasant la devise du philosophe grec Aristote, Daniel Drouet dit que « dans la vie comme dans l’entrepreneuriat, le plus important est d’apprendre à se connaître soi-même. Comme chargé d’enseignement, je veux mettre mes étudiants à l’épreuve afin qu’ils évaluent leurs aptitudes à devenir entrepreneur. Moi, j’y ai mis des années, mais j’y ai trouvé le bonheur! »

Chantal Crevier

Service des communications

514 396-8800, poste 7893

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