La multidisciplinarité comme moteur de recherche sur l’eau

Étudier l'incidence des changements climatiques sur les ressources en eaux

25 janvier 2022
michel baraer et annie poulin.
Michel Baraër et Annie Poulin.

On évoque souvent la multidisciplinarité comme étant la posture de recherche idéale pour répondre à des problèmes complexes, tels que ceux touchant le climat. Or, c’est ce que fait Michel Baraër, professeur au Département de génie de la construction et spécialiste en hydrologie, dans ses travaux portant sur les impacts des changements climatiques sur les ressources en eaux provenant de la neige et de la glace. 

« Notre équipe de recherche passe l’hiver les deux pieds dans la neige », illustre d’emblée le professeur Baraër. Ses recherches terrain visent notamment à améliorer la prédiction d’inondations hivernales. « Nous avons observé que l’eau va se comporter ou cheminer différemment si le manteau neigeux est recouvert de neige plutôt que d’une plaque de glace », précise-t-il.

À eux seuls, les résultats d’observation ne peuvent cependant avoir une force prédictive. C’est là qu’intervient la professeure Annie Poulin, elle aussi professeure au Département de génie de la construction. Sa collaboration consiste à faire un rapprochement entre les observations sur le terrain et des outils de modélisation. « Nos modèles d’hydrologie permettent de mieux comprendre la physique des processus et d’ainsi contribuer à une meilleure compréhension du cheminement de l’eau en contexte de changements climatiques. »

Annie Poulin et Michel Baraër qualifient leur collaboration de « très naturelle » en raison de leurs expertises complémentaires. « La finalité est de pouvoir doter la société civile et les gouvernements d’outils, de modèles permettant de comprendre et de prévoir le comportement de l’eau afin de se préparer aux changements climatiques, explique Michel Baraër. L’apport de la modélisation rend nos projections plus justes et précises. »

Un décloisonnement de la recherche porteur de réponses

Michel Baraër estime que cette recherche multidisciplinaire sert la société plus directement. Les organismes subventionnaires de la recherche universitaire montrent d’ailleurs un fort penchant pour ce type de projets.

« Comme ingénieurs, nous ne sommes forcément qu’un des maillons du rouage; il nous faut collaborer avec d’autres disciplines pour assurer une compréhension plus complète des phénomènes. »

Il prend l’exemple de recherches qu’il a menées au Pérou pour expliquer la diminution de la quantité d’eau pour une population agricole. « Nous n’en avons observé aucune provenant des rivières alimentées par les glaciers. Or, ce sont les géographes qui, en allant discuter avec les gens, ont appris que, lorsque la population montagnarde parle d’eau, elle signifie les eaux souterraines et, là, en effet, il y avait une diminution des ressources », raconte-t-il.

Selon Annie Poulin, le travail multidisciplinaire requiert clarté et pédagogie afin de bien comprendre le langage et la culture professionnelle des autres collaborateurs et collaboratrices. « Les défis et les problèmes peuvent être les mêmes pour tout le monde, mais ils se déclinent en différentes nuances et perspectives pour chacun… Il faut de l’ouverture et de l’écoute », dit-elle.

Est-ce que la multidisciplinarité est pour tout le monde ?

La chercheuse et le chercheur répondent qu’elle intéressera leurs confrères et consœurs qui ont une vision large de leurs travaux et qui ont déjà des relations avec des collègues de différentes disciplines. « Ça ne se force pas ! Ça prend d’abord une bonne discussion autour d’un problème — sinon d’une bière, lance Michel Baraër —, et ensuite on crée une collaboration pour tenter de le résoudre », affirme Annie Poulin.

Chose certaine, un projet multidisciplinaire part rarement de zéro. « Il faut une forte curiosité et vouloir se déplacer pour aller s’intéresser à ce que font les autres », soutient Michel Baraër. L’une de ses expériences de collaboration au Yukon l’a d’ailleurs mené à travailler avec des gens de Parcs Canada, des membres des Premières Nations locales et des pairs de l’Université de Calgary. 

« Nous avons eu l’aspect conservation amené par Parcs Canada. Mais aussi, sinon surtout, le point de vue autochtone avec deux aînés qui ont rassemblé les chercheurs pour nous raconter comment ils vivent et s’adaptent aux changements climatiques. Ce fut une leçon d’humilité des plus enrichissantes ! »

Les deux collègues de l’ÉTS invitent aussi leurs étudiants et étudiantes aux études supérieures à les accompagner sur le terrain au sein d’équipes multidisciplinaires. « Ils tirent une expérience riche en contribuant à ce type de collaborations et d’échanges », dit Annie Poulin. Avec ces étudiants et étudiantes déjà initiés aux rouages et aux avantages de cette démarche, la multidisciplinarité ne pourra que gagner en importance et en richesse.

Chantal Crevier

Service des communications et du recrutement étudiant

514 396-8800, poste 7893

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