La professeure Sophie Lerouge

1 juin 2018

Parmi les différents traitements d’immunothérapie, il en existe un qui consiste à prélever les lymphocytes T qui se trouvent dans une tumeur et qui sont en quelque sorte « spécialisés » contre cette tumeur. Dans le jargon de la recherche, ces cellules sont appelées des TIL (Tumor infiltrating lymphocytes). Comme il en faut des milliards pour éradiquer une tumeur, on les fait se multiplier en laboratoire, puis on les injecte dans le sang du patient. En se retrouvant dans l’organisme du patient, elles permettent de diluer l’intensité de l’attaque, mais peuvent provoquer des effets secondaires indésirables.

Professeure et chercheuse à l’ÉTS, Sophie Lerouge a récemment mis au point avec son collègue chercheur au CRCHUM Réjean Lapointe un gel biocompatible injectable permettant de concentrer l’attaque immunitaire près des tumeurs cancéreuses. Une percée très prometteuse.

Professeure Sophie Lerouge

Ce nouveau biogel a comme caractéristique d’être liquide à la température de la pièce et de se gélifier à 37 °C. Comme il est liquide, on peut facilement y mélanger des cellules et l’injecter à proximité de la tumeur. Une fois à l’intérieur du corps, il se transforme rapidement en gel macroporeux, permettant aux cellules « tueuses » en mission de survivre et de se multiplier rapidement avant de sortir pour attaquer la tumeur voisine. Plus besoin de cultiver des milliards de cellules en laboratoire, quelques centaines de millions suffisent maintenant, car elles sont livrées là où il faut. Après des résultats très prometteurs obtenus in vitro, l’évaluation de ce biogel commencera sous peu dans un modèle animal.

Le potentiel des hydrogels à base de chitosane est énorme et déborde le champ de l’immunothérapie du cancer. L’équipe de Mme Lerouge étudie notamment la possibilité de s’en servir pour la régénération des tissus – les disques intervertébraux, par exemple – ou encore du muscle cardiaque. Les hydrogels ont une vitesse de gélification qui peut être réglée au besoin ainsi qu’une excellente tenue mécanique, ce qui les rend encore plus intéressants.

Mme Lerouge, qui enseigne le génie mécanique à l’ÉTS depuis 2007, est spécialisée dans les biomatériaux. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les biomatériaux et implants endovasculaires depuis 2008, elle est également directrice du Laboratoire de biomatériaux endovasculaires (LBeV) au CRCHUM, membre du Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie (LIO) de l’ÉTS et professeure associée au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal.

Partir des besoins cliniques
De tout temps, Mme Lerouge a eu comme rêve d’appliquer les connaissances de l’ingénierie à la médecine afin d’améliorer la santé des gens. Elle s’est rapidement orientée vers les biomatériaux, qui se trouvent en quelque sorte au carrefour de la biologie, de la médecine et des matériaux. S’intéressant d’abord aux modifications de surface, elle a réalisé des recherches pour améliorer la biocompatibilité des implants et des prothèses. Puis, elle s’est graduellement tournée vers les biomatériaux injectables destinés à la thérapie cellulaire et à l’ingénierie tissulaire, deux domaines assez proches où l’on injecte aux patients des cellules dont l’action directe ou indirecte (via la sécrétion de médiateurs) permet de réparer des tissus endommagés ou de combattre des maladies, notamment le cancer.

Partir de molécules simples
Dans ses travaux, Sophie Lerouge tente le plus possible de se servir de molécules dégradables naturellement (des biopolymères) et d’éviter l’utilisation de produits chimiques potentiellement toxiques. Cela facilite, selon elle, le processus d’approbation par Santé Canada et la FDA, et les traitements en clinique peuvent commencer plus rapidement.

La chercheuse privilégie une approche multidisciplinaire, qui favorise le rassemblement des expertises. Ses projets sont réalisés en collaboration avec d’autres chercheurs de l’ÉTS, de l’École Polytechnique de Montréal, de l’Université McGill, du Lady Davis Institute et du CRCHUM, et soutenus par des subventions du CRSNG et du CHRP. Avec les étudiants dont elle dirige les travaux, tout comme avec les cliniciens et les entreprises avec lesquelles elle collabore, Sophie Lerouge s’applique à ce que ces inventions arrivent un jour au chevet des patients. 

Voir aussi :
Chaire de recherche du Canada sur les biomatériaux et implants endovasculaires

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